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Lutte contre la désinformation au Sénégal : La CJRS et l’UE mobilisent les acteurs médias pour un retour aux fondamentaux éthiques

admin
Last updated: décembre 4, 2025 2:06 pm
admin
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Dans un écosystème médiatique profondément bouleversé par la présence dominante des réseaux sociaux et par l’avènement fulgurant de l’Intelligence Artificielle, la Convention des Jeunes Reporters du Sénégal (CJRS), en partenariat avec la Délégation de l’Union Européenne, a organisé ce mercredi 03 décembre un atelier national d’une importance particulière à la Maison de la Presse Babacar Touré. Cet événement, qui a réuni jeunes journalistes, professionnels confirmés, experts des médias et acteurs institutionnels, s’inscrit dans un contexte où les frontières traditionnelles de l’information se redéfinissent à grande vitesse. Les mutations technologiques, la viralité des contenus et la prolifération des sources non fiables imposent de nouveaux défis aux acteurs de l’information. Au cœur des échanges et des analyses : le rôle, la responsabilité et les nouveaux devoirs des journalistes face au péril grandissant de la désinformation, un phénomène devenu l’un des enjeux majeurs de la vie démocratique contemporaine.

L’atelier s’est ouvert devant un parterre de journalistes, d’étudiants et d’acteurs de la société civile, en présence de l’Ambassadeur de l’UE, Jean Marc Pisani, et du Président de la CJRS, Mamadou Diagne. Le constat est unanime : la crédibilité du journalisme est menacée. Comme l’a rappelé Habibou Dia, Directeur de la communication, la frontière entre information vérifiée et rumeur virale n’a jamais été aussi tenue.

 Le sociologue Djiby Diakhaté a livré une analyse percutante sur la perception sociale des médias. Selon lui, le journaliste est aujourd’hui otage des attentes partisanes du public. « Si vous dites quelque chose qui n’arrange pas un camp, vous êtes étiqueté « mauvais journaliste ». Si cela les arrange, vous devenez le meilleur », a-t-il expliqué. Cette pression sociale pousse parfois les professionnels à la dérive pour plaire à leur audience, un phénomène qui exige une « lucidité » et une vigilance accrues de la part des acteurs des médias pour ne pas tomber dans la manipulation.

 Le panel, modéré par Sokhna Astou Diouf, a également abordé les mutations techniques. Dr Moussa Diop, enseignant-chercheur au CESTI, a pointé du doigt une nouvelle concurrence : celle des informaticiens qui investissent le champ de l’information, et paradoxalement, celle des journalistes eux-mêmes qui, via leurs canaux personnels sur les réseaux sociaux, entrent en concurrence avec leurs propres rédactions.

Sur le plan technique, Ndeye Fatou Diery Diagne, fact-checkeuse, a alerté sur la sophistication de la désinformation amplifiée par l’Intelligence Artificielle. Elle a toutefois soulevé un point sociolinguistique intéressant : la prédominance du Wolof agit comme un bouclier partiel contre certaines campagnes de désinformation mondiales, souvent francophones ou anglophones. « Si ces infox étaient systématiquement traduites en wolof, l’impact serait dévastateur », a-t-elle averti, tout en déplorant la politisation extrême de l’espace public sénégalais, véritable terreau des fake news.

 Enfin, le juriste Daouda Mine a rappelé les fondamentaux du droit. L’avènement du numérique ne crée pas une zone de non-droit. Il a insisté sur le fait que la diffamation dépasse le simple cadre du délit de presse et que la liberté d’expression, bien que sacrée, comporte des limites légales strictes que tout diffuseur de contenu doit respecter, sous peine de sanctions pénales. La CJRS espère voir émerger une charte ou un engagement ferme des rédactions pour renforcer les mécanismes de vérification (fact-checking), seule digue solide pour préserver la paix sociale et la santé démocratique du Sénégal.

NDEYE SAFIATOU LY SYLLA

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