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Adieu Halima Gadji, lumière fragile et éternelle du cinéma sénégalais

Le cinéma sénégalais est en deuil ! Halima Gadji, mannequin, présentatrice, actrice et figure marquante de la création audiovisuelle africaine, s’est éteinte le lundi 26 janvier 2026, à l’âge de 37 ans. Sa disparition brutale a provoqué une onde de choc au Sénégal et bien au-delà, tant elle incarnait une génération d’artistes libres, audacieuses et profondément humaines.

Révélée au grand public par la série à succès “Maîtresse d’un homme marié”, Halima Gadji a marqué les esprits par son interprétation intense de Marième Dial. Dans une œuvre qui abordait sans détour des sujets sensibles, condition féminine, santé mentale, sexualité, violences conjugales, mariage forcé, elle a su imposer une présence à la fois magnétique et nuancée.

Ce rôle a constitué un tournant décisif dans sa carrière, lui ouvrant les portes du petit et du grand écran au Sénégal et sur le continent africain. Avant et après ce succès, elle avait déjà laissé son empreinte dans plusieurs productions notables, parmi lesquelles Tundu Wundu (2015), Sakho & Mangane (2018-2020) et Le Futur est à nous, sans oublier ses passages remarqués au théâtre. Actrice polyvalente, elle était également consultante mode, mannequin et entrepreneuse, cultivant une vision plurielle de l’art et de la création.

Transformer une fragilité en force…le combat contre la dépression

Le parcours d’Halima Gadji force le respect par sa résilience. Longtemps confrontée au bégaiement, un trouble de la parole souvent stigmatisé, elle a refusé de se laisser enfermer dans cette difficulté. Là où beaucoup auraient renoncé, elle a persisté, travaillant sa diction, sa présence scénique et sa confiance en elle.

Son succès constituait, en soi, un message puissant : les limites apparentes ne définissent pas une destinée. Par son exemple, Halima Gadji a offert une source d’inspiration silencieuse à de nombreux jeunes confrontés au handicap, visible ou invisible, prouvant que l’expression artistique peut devenir un espace de libération et de reconquête de soi.

Derrière la lumière des projecteurs, Halima Gadji menait un combat plus sombre. L’actrice n’a jamais dissimulé ses périodes de dépression, parlant avec une rare sincérité de ses blessures intérieures. Dans une confession bouleversante, elle avait révélé avoir frôlé le pire, admettant avoir traversé des moments où l’idée de mettre fin à ses jours l’avait effleurée.

Loin de toute complaisance, cette parole courageuse visait à briser le tabou entourant la santé mentale, particulièrement dans les sociétés où la souffrance psychologique est souvent minimisée. Elle rappelait que la notoriété, le succès et les sourires affichés ne protègent ni de la douleur ni de l’épuisement intérieur.

Les réseaux sociaux, qu’elle utilisait pour communiquer avec son public, ont parfois été pour elle un espace de violence symbolique : jugements hâtifs, moqueries, commentaires acerbes. Autant de coups invisibles qui, cumulés, pèsent lourdement sur les épaules de ceux qui souffrent déjà. Sa disparition invite aujourd’hui à une introspection collective sur la responsabilité des mots et le poids du regard social.

Une artiste engagée…un héritage et une leçon

Au-delà de ses rôles, Halima Gadji incarnait une conception exigeante et consciente du métier d’actrice. Attachée à la valorisation de la culture sénégalaise, elle mesurait la portée sociale de l’art et la responsabilité qui l’accompagne. Son travail s’inscrivait dans une démarche de vérité, de transmission et d’engagement, faisant d’elle une figure respectée du paysage culturel national.

Ironie douloureuse du destin, le jour même de sa disparition, elle avait publié un message sur sa page Facebook concernant le casting de la saison 2 de Nouvelle reine, une émission diffusée sur Canal+ Afrique. Un ultime signe de son attachement à la création et de projets encore en devenir.

La mort d’Halima Gadji laisse un vide immense dans le cœur de ses proches, de ses pairs et de son public. Mais elle laisse aussi un héritage durable : celui d’une femme qui a transformé ses fragilités en force, qui a osé dire sa souffrance et qui a marqué son époque par son talent et son authenticité.

Que sa disparition serve d’avertissement et de leçon. La dépression n’est ni une faiblesse ni un caprice. Les mots peuvent blesser, parfois tuer, aussi sûrement que les actes. Apprendre à écouter, à comprendre et à tendre la main est désormais une urgence collective.

Halima Gadji s’en est allée, mais son art, sa voix et son courage continueront de vivre dans la mémoire du cinéma sénégalais.

La rédaction d’Etoile Africaine s’associe à la douleur et présente ses condoléances à la famille éplorée et au monde du cinéma.

Aliou

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