Orphelin très jeune, né à Markala (un village de la région de Ségou au Mali) et ayant grandi dans des quartiers populaires de Bamako, Mamadou Bakary Traoré a transformé une enfance marquée par l’épreuve en un engagement au service des autres. Fort de plus de quinze années d’expérience dans le développement international, l’humanitaire et la consolidation de la paix, ce communicant stratégique et ancien journaliste met la communication au cœur du changement social. Bâtisseur de ponts et défenseur des droits humains, il œuvre pour des transformations durables au bénéfice des populations les plus vulnérables. Aujourd’hui, il franchit une nouvelle étape en rejoignant l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) à Vienne comme responsable de l’unité Communication & Outreach, une mission qu’il considère à la fois comme une fierté et une responsabilité pour rendre les sciences plus accessibles et utiles au développement.
En quelques mots, qui est Mamadou Bakary TRAORE ?
Je suis un éternel résilient. Orphelin de père et de mère très tôt, j’ai dû grandir vite et assumer des responsabilités d’adulte dès l’enfance, notamment pour m’occuper de ma petite sœur, j’ai dû « trimer », avec l’appui d’ONG d’aide à l’enfance et, surtout, par la grâce d’Allah, pour m’en sortir. C’est d’ailleurs l’une des raisons pour lesquelles je suis devenu travailleur humanitaire afin de retourner à l’humanité ce qu’elle m’a prêté. Sur le plan professionnel, je me définis comme un leader innovant, orienté vers les résultats, avec plus de quinze années d’expérience dans le développement international, l’humanitaire et la consolidation de la paix. Mon expertise couvre la communication stratégique, les relations publiques, le plaidoyer, la communication sociale et comportementale ainsi que la gestion de projets. J’ai également été journaliste et professeur d’anglais et suis passionné par l’écriture et la recherche. Mon engagement va au-delà des techniques : il est profondément ancré dans les questions des droits des filles et des femmes, de la croissance économique inclusive, de l’éducation, de la santé, du maintien de la paix et de la bonne gouvernance. En somme, je me considère comme un bâtisseur de ponts par la communication, œuvrant pour un changement positif et durable au service des plus vulnérables.
Quel a été votre parcours académique et qu’est-ce qu’il vous a le plus apporté ?
Mon parcours académique est à l’image de ma trajectoire personnelle et professionnelle : diversifié et axé sur l’acquisition d’outils complémentaires. J’ai commencé par un baccalauréat en langues et littérature françaises, obtenu avec mention honorable et inscrit au tableau d’honneur national. Injustement privé d’une bourse d’études à l’international, je n’ai pas baissé les bras. Je me suis inscrit à l’ex-Faculté des Lettres, Langues, Arts et Sciences Humaines (FLASH) de l’Université de Bamako pour étudier la littérature anglaise, avec l’ambition de poursuivre ensuite dans un pays anglophone, ce qui s’est concrétisé quelques années plus tard. Ces études ont été sanctionnées par une maîtrise en anglais. Ce diplôme a été fondamental pour affiner ma compréhension du storytelling, de la narration et de la puissance des mots. J’ai ensuite complété ce socle par un master en journalisme et communication de masse de la Sikkim Manipal University (Inde), suivi à distance depuis le Ghana, puis par un master professionnel en méthodologie de gestion de programmes. Cette combinaison m’a offert une double casquette : la créativité et la rigueur journalistique pour concevoir des messages percutants, et la discipline de la gestion de programmes pour en assurer une mise en œuvre efficace et mesurable. C’est cette alchimie entre théorie et pratique qui m’a le plus apporté. Et comme je suis un éternel apprenant, je poursuis actuellement un doctorat en Business Administration.
Comment s’est construite votre trajectoire professionnelle dans la communication, notamment dans l’humanitaire et la paix ?
Ma trajectoire s’est construite sur plus de 15 ans d’immersion dans des contextes complexes et multiculturels. Elle a commencé très tôt. Dès l’âge de 11 ans, je vendais à la sauvette dans les rues de Bamako pour aider ma mère à subvenir aux besoins du foyer. Cette expérience fondatrice a façonné mon approche du marketing social, du réseautage et, plus tard, de la diplomatie et du service international. J’ai ensuite eu le privilège de servir au sein de plusieurs organisations internationales majeures : l’UNICEF (en RDC et actuellement en Papouasie-Nouvelle-Guinée pour les urgences), Save the Children International (au Niger), l’International Planned Parenthood Federation (pour 42 pays africains, basée au siège de l’Union africaine), le PNUD (en Centrafrique), ainsi que les missions de maintien de la paix de la MINUSMA et de la MINUSCA. Sur des théâtres d’opérations militaires, dans des camps de réfugiés ou dans des projets de développement, mon rôle a toujours été de concevoir et piloter des stratégies de communication et de plaidoyer. Ces expériences m’ont appris à naviguer dans des dynamiques institutionnelles complexes et à adapter les messages aux réalités culturelles de chaque contexte. Une figure a particulièrement marqué mon parcours : Yerim Sow. Je ne l’ai pas encore rencontré, mais je profite de votre magazine pour le remercier. Un article de presse, parlant de Yerim, paru dans un média panafricain au début des années 2000 a profondément influencé le jeune garçon que j’étais. Il peut être fier d’avoir inspiré un enfant des quartiers populaires devenu fonctionnaire international, passé des rues de Bamako aux couloirs des Nations Unies.
Comment la communication peut-elle influencer durablement les comportements ?
Pour moi, communiquer, c’est exister. La communication est bien plus qu’une simple diffusion d’informations : c’est un puissant catalyseur de changement social et comportemental. Elle informe, éduque, sensibilise, mobilise et touche émotionnellement. Grâce au storytelling, à des supports adaptés aux contextes locaux et à l’engagement éthique des parties prenantes, elle peut transformer les perceptions, déconstruire des stéréotypes et encourager l’adoption de nouveaux comportements. Qu’il s’agisse de promouvoir l’éducation des filles, les bonnes pratiques sanitaires ou la paix sociale, une communication stratégique et empathique peut ancrer des changements profonds et durables.
Quels sont les principaux défis de la communication dans des contextes sensibles ?
Dans les contextes de crise ou de post-conflit, les défis sont immenses. La désinformation et la mésinformation, amplifiées par les réseaux sociaux, fragilisent la vérité et érodent la confiance. Les rumeurs peuvent attiser les tensions, compromettre l’action humanitaire ou saper les processus de paix.
À cela s’ajoute un faible niveau de confiance envers les institutions. Regagner cette confiance exige une communication transparente, éthique et surtout fondée sur des résultats concrets et visibles. Enfin, l’accès aux populations les plus isolées reste un défi logistique majeur. Relever ces défis demande un leadership transformationnel et des stratégies agiles, ancrées dans une fine compréhension des dynamiques locales.
Quelle est votre vision pour la communication en Afrique ?
Je vois la communication comme un levier stratégique pour le développement et la souveraineté de l’Afrique. Elle ne doit pas se limiter à une vitrine de réussites virtuelles sur les réseaux sociaux. Elle doit façonner le narratif authentique du continent, raconter les histoires de celles et ceux qui, avec peu de moyens, produisent des résultats concrets, stimuler l’innovation et renforcer la cohésion sociale. L’avenir passe par une appropriation endogène des récits, la valorisation de nos cultures et un usage intelligent du numérique et du storytelling. Il s’agit de former une nouvelle génération de communicateurs capables de défendre les intérêts du continent, de promouvoir ses valeurs et de faire entendre une voix africaine forte sur la scène internationale, au service de sociétés plus justes, résilientes et prospères.
Vous préparez la sortie de votre prochain livre. De quoi parle-t-il ?
Mon prochain livre, « Résilientes : Ces femmes qui changent la donne en Afrique », est un hommage aux femmes africaines qui transforment leurs sociétés dans l’entrepreneuriat, la philanthropie, la politique et l’art. Il met en lumière des parcours inspirants, souvent méconnus, marqués par une détermination remarquable. Pourquoi maintenant ? Parce que l’Afrique traverse un moment charnière. Face aux défis, il est urgent de mettre en avant des modèles positifs, notamment pour les jeunes filles et garçons. Ces récits de résilience et d’engagement sont des phares d’inspiration, prouvant que l’Afrique avance, portée par la force et la vision de ses filles.
Vous commencez une nouvelle aventure à l’AIEA, qu’est ce que cela représente pour vous ?
Ces derniers jours ont une saveur particulière. Je commence une nouvelle aventure professionnelle à l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), en tant que Lead – Communication & Outreach Unit, au bureau de la Directrice de la division des sciences physiques et chimiques (NAPC). Rejoindre une institution de cette envergure est un immense privilège, mais aussi une grande responsabilité. Derrière le titre, il y a surtout l’opportunité de contribuer, par la communication et l’engagement, à rendre les sciences et leurs applications plus accessibles, plus visibles et plus utiles au service du développement.

