Société

Menaces du numérique : Le Sénégal renforce la protection des enfants avec une plateforme nationale de signalement

A l’heure où les enfants sont de plus en plus exposés aux dangers d’internet et des réseaux sociaux, la Police nationale du Sénégal a lancé une plateforme officielle de signalement des infractions cybercriminelles. Un dispositif qui place résolument la protection de l’enfance au cœur de la stratégie nationale de lutte contre les dérives numériques.

Le développement rapide du numérique au Sénégal a profondément transformé le quotidien des familles. Smartphones, réseaux sociaux, messageries instantanées et plateformes de partage de vidéos font désormais partie intégrante de l’univers des jeunes. Si ces outils offrent des opportunités d’apprentissage, d’expression et d’ouverture sur le monde, ils exposent également les enfants à des risques réels : cyberharcèlement, manipulation en ligne, chantage numérique, diffusion d’images sans consentement, escroqueries ciblées ou encore tentatives d’exploitation. Dans ce contexte, la protection de l’enfant ne peut plus se limiter à l’espace physique. Elle doit désormais intégrer pleinement l’espace numérique, devenu un prolongement naturel de la vie sociale des mineurs.

Une plateforme pour signaler menaces invisibles mais aux conséquences bien réelles

C’est dans cette optique que le Commissaire divisionnaire de police Moustapha Diouf, Directeur adjoint de la Police judiciaire, a présidé la cérémonie de lancement de la plateforme www.signalementcyber.dgpn.sn. Initiée par la Division spéciale de lutte contre la cybercriminalité (DSC) avec l’appui de l’UNICEF, cette plateforme permet à tout citoyen de signaler de manière sécurisée des contenus ou comportements mettant en danger des enfants en ligne. L’objectif est clair : détecter rapidement les situations à risque, intervenir sans délai et empêcher que des atteintes graves ne soient commises ou ne s’aggravent. 

La présentation technique, assurée par le Commissaire de police Pape Mamadou Djidiack Faye, Chef de la Division spéciale de lutte contre la cybercriminalité, a mis en avant les mécanismes de confidentialité et de traitement des signalements, garantissant un encadrement professionnel et rigoureux des alertes reçues. Les violences numériques laissent rarement des traces visibles, mais leurs conséquences peuvent être profondes. Un enfant victime de cyberharcèlement peut développer un sentiment d’isolement, une perte de confiance, voire un décrochage scolaire. La diffusion non consentie de contenus personnels peut entacher durablement la réputation et l’équilibre psychologique d’un mineur. 

Les réseaux sociaux, par leur rapidité de diffusion et leur portée massive, amplifient l’impact des actes malveillants. Un contenu publié en quelques secondes peut être partagé des milliers de fois, rendant la situation difficile à maîtriser. Face à cette réalité, l’existence d’un canal officiel de signalement constitue un outil crucial pour briser le silence et responsabiliser l’ensemble des acteurs.

Une responsabilité autour de l’enfant pour mettre fin au sentiment d’impunité

La cérémonie de lancement, tenue à la Direction de la Formation (ex-École nationale de Police), a réuni plusieurs partenaires engagés dans la protection de l’enfance et la cybersécurité, notamment l’UNICEF, la Cellule d’Appui à la Protection de l’Enfant (CAPE), le Village d’Enfants SOS, ainsi que des institutions publiques et acteurs du secteur numérique. Cette mobilisation traduit une conviction partagée : la protection des enfants face aux menaces numériques exige une action concertée. Les forces de sécurité jouent un rôle central, mais les parents, les enseignants, les médias et les opérateurs télécoms ont également une responsabilité essentielle.

L’éducation au numérique responsable, la sensibilisation aux dangers en ligne et le dialogue au sein des familles constituent des piliers indispensables pour prévenir les dérives. L’un des enjeux majeurs de la lutte contre les menaces numériques réside dans la perception d’impunité qui prévaut parfois sur internet. Certains auteurs pensent pouvoir agir sans conséquence derrière un écran. En mettant en place une plateforme dédiée au signalement, les autorités sénégalaises affirment que l’espace numérique est régi par la loi au même titre que l’espace public. Les atteintes aux droits des enfants, qu’elles soient commises physiquement ou virtuellement, sont passibles de poursuites.

Cette initiative envoie un message fort : la protection de l’enfant est une priorité nationale, y compris dans l’univers digital. Protéger les enfants contre les menaces du numérique, c’est préserver leur dignité, leur équilibre et leur avenir. À mesure que le Sénégal poursuit sa transformation digitale, il devient impératif d’accompagner cette évolution par des mécanismes solides de prévention et de répression des abus. Avec le lancement de www.signalementcyber.dgpn.sn, le pays franchit une étape importante vers un environnement numérique plus sûr. Reste désormais à encourager son utilisation et à renforcer la sensibilisation, afin que chaque enfant puisse évoluer dans l’espace digital en toute sécurité et en toute confiance.

Aliou Ngom

Aliou

About Author

You may also like

Société

Urgence nationale : Briser la spirale du féminicide et de l’indifférence au Sénégal

Meurtres de femmes, viols, agressions répétées et violences numériques : le Sénégal fait face à une crise profonde des violences
Société

Bus et camions : Des anges de la mort sur les routes sénégalaises

Chaque année, les routes sénégalaises font des centaines de victimes. Camions porte-conteneurs, bus de transport interurbain et véhicules clandestins sont