Figure majeure du cinéma sénégalais, Ousmane William Mbaye s’impose depuis plusieurs décennies comme un artisan essentiel de la mémoire culturelle et politique du Sénégal. À travers une œuvre exigeante, mêlant fiction et documentaire, il a su donner une voix singulière aux figures marquantes et aux réalités profondes de la société sénégalaise.
Né en 1952 à Paris, Ousmane William Mbaye grandit dans un univers intellectuel fécond. Il est le fils de Annette Mbaye d’Erneville, pionnière de la littérature et du journalisme au Sénégal. Cet héritage culturel influencera profondément son parcours et sa sensibilité artistique. Formé au Conservatoire libre du cinéma français et à l’Université Paris VIII Vincennes, véritable laboratoire d’idées dans les années 1970, il acquiert une solide maîtrise des techniques cinématographiques. Il s’initie à tous les métiers du septième art avant de se consacrer à la réalisation.
Des débuts engagés dans un cinéma en construction
De retour au Sénégal, il entame sa carrière comme assistant réalisateur auprès de figures emblématiques, notamment Ousmane Sembène sur le film Ceddo. Cette immersion aux côtés du père du cinéma africain marque durablement sa vision artistique et politique. Très tôt, il affirme une écriture personnelle à travers des courts métrages engagés. Son premier film, Doomi Ngacc (1979), remporte le Tanit de bronze aux Journées cinématographiques de Carthage, révélant un cinéaste prometteur. Il enchaîne ensuite avec Duunde Yakaar, Dakar Clando, Fresque et Dial Diali, des œuvres qui oscillent entre fiction et observation sociale. Dans ces premiers films, il expérimente déjà une approche singulière, privilégiant l’économie de dialogue et la force des images, dans la lignée du collectif « l’Œil vert », auquel il participe lors du FESPACO 1981.
Faute de moyens mais aussi par choix artistique, Ousmane William Mbaye s’oriente progressivement vers le documentaire, un genre qu’il adopte comme outil privilégié de transmission et de mémoire. À partir des années 2000, il réalise une série de portraits consacrés à des figures majeures de la culture sénégalaise. Xalima la plume met en lumière le musicien Seydina Insa Wade, tandis que Fer et verre explore l’univers de la plasticienne Germaine Anta Guèye. Avec Mère-Bi, il rend un hommage intime à sa mère, Annette Mbaye d’Erneville. Son cinéma devient alors un espace de conservation de la mémoire collective, où se croisent trajectoires individuelles et histoire nationale.
“Kemtiyu”, un film majeur sur Cheikh Anta Diop
En 2016, il signe l’un de ses films les plus marquants : Kemtiyu, un documentaire consacré à Cheikh Anta Diop, auteur de l’ouvrage fondamental Nations nègres et culture. À travers ce film, il restitue avec rigueur et sensibilité la pensée et le combat intellectuel de ce géant de l’histoire africaine. L’œuvre s’inscrit dans la continuité de sa démarche : réhabiliter les grandes figures africaines et transmettre leur héritage aux nouvelles générations.
Au-delà de ses films, Ousmane William Mbaye a joué un rôle structurant dans l’écosystème du cinéma sénégalais. Entre 1990 et 1997, il coordonne les Rencontres cinématographiques de Dakar (RECIDAK), contribuant à dynamiser la diffusion et les échanges autour du cinéma. En 2007, il crée à Dakar le ciné-club « Cinéma de nuit », un espace de projection et de débat qui attire un public nombreux et passionné. Cette initiative illustre son engagement en faveur de l’éducation à l’image et de la démocratisation de l’accès au cinéma africain.
Un cinéma de mémoire et de transmission
Son œuvre, saluée dans de nombreux festivals, lui vaut une reconnaissance importante. En 2017, il est co-lauréat du Grand Prix du Chef de l’État pour les Arts, aux côtés du musicien Baba Maal. Une distinction qui consacre l’ensemble de son parcours et son apport à la culture sénégalaise. Le travail de Ousmane William Mbaye se distingue par une constante : la volonté de préserver et de transmettre. À travers ses documentaires, il construit une archive vivante du Sénégal, faite de visages, de récits et d’engagements. Son film Président Dia retrace ainsi le destin de Mamadou Dia, figure majeure de l’homme politique nationale, tandis que d’autres œuvres explorent les trajectoires d’artistes et d’intellectuels.
Une œuvre essentielle pour les générations futures
Dans un contexte où les industries culturelles africaines cherchent à se structurer, l’apport de Ousmane William Mbaye apparaît fondamental. Son cinéma, à la fois exigeant et accessible, participe à la construction d’une conscience historique et culturelle. À travers ses films, il rappelle que le cinéma n’est pas seulement un art, mais aussi un outil de connaissance, de transmission et de résistance. Il demeure ainsi l’un des grands témoins de son époque, un cinéaste dont l’œuvre, profondément enracinée dans l’histoire sénégalaise, continue d’éclairer le présent et d’inspirer l’avenir.




