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Malnutrition infantile : Un combat encore loin d’être gagné au Sénégal

Malgré des politiques publiques ambitieuses, des programmes agricoles structurants et des investissements sanitaires constants, le Sénégal continue de faire face à une malnutrition infantile persistante dans certaines zones. Derrière les progrès enregistrés se cachent des inégalités territoriales, des fragilités économiques et des pratiques alimentaires encore insuffisamment diversifiées, qui freinent la baisse du retard de croissance chez les enfants.

Depuis une dizaine d’années, les autorités sénégalaises ont multiplié les initiatives visant à améliorer la sécurité alimentaire et l’accès des ménages à une nutrition adéquate. Les données issues de l’Agence nationale de la statistique et de la démographie montrent une diminution progressive du retard de croissance chez les enfants de moins de cinq ans. Cette évolution témoigne de l’impact combiné des politiques agricoles, des programmes de transferts sociaux et des actions de santé publique. Toutefois, cette amélioration reste lente et insuffisante pour atteindre les objectifs internationaux fixés par l’Organisation mondiale de la Santé en matière de réduction de la malnutrition chronique.

Une malnutrition aiguë qui progresse silencieusement

Si la malnutrition chronique recule légèrement, la malnutrition aiguë, elle, connaît une tendance préoccupante dans certaines régions. Cette forme, souvent liée à des crises ponctuelles, traduit la fragilité persistante des ménages face aux aléas climatiques et économiques. La hausse des prix alimentaires, les pertes agricoles liées aux épisodes climatiques extrêmes et la précarité des revenus accentuent l’exposition des familles à l’insécurité nutritionnelle. Dans les zones rurales, l’accès irrégulier aux soins et aux services sociaux renforce encore cette vulnérabilité.

Au-delà de la quantité de nourriture disponible, la diversité alimentaire demeure l’un des principaux défis. Dans de nombreux foyers, les repas restent dominés par des céréales ou des produits à faible valeur nutritionnelle, avec un apport limité en protéines animales, fruits et légumes. Ce déséquilibre nutritionnel favorise les carences en micronutriments, responsables du retard de croissance. Selon plusieurs analyses soutenues par l’UNICEF, les habitudes alimentaires, l’information nutritionnelle des familles et les pratiques de sevrage jouent un rôle déterminant dans la santé des enfants.

Production agricole insuffisante…Des programmes sanitaires solides mais à mieux articuler

Dans certaines localités du centre du pays, les campagnes agricoles peuvent être satisfaisantes certaines années, mais les indicateurs nutritionnels des enfants restent faibles. L’explication tient souvent à la faible diversification des cultures destinées à l’autoconsommation et à l’absence de transformation alimentaire locale. Ainsi, même dans des zones productrices, les enfants peuvent souffrir de carences nutritionnelles si les repas restent peu variés et si le suivi sanitaire demeure insuffisant. Cet exemple illustre le fait que la sécurité alimentaire ne se résume pas à la production agricole, mais implique aussi l’éducation nutritionnelle et l’accès aux services de santé.

Le Sénégal dispose d’une longue tradition de programmes de santé publique, notamment dans la vaccination, la lutte contre le paludisme ou le contrôle des maladies infectieuses. Ces initiatives ont contribué à réduire la mortalité infantile et à améliorer la survie des enfants. Cependant, les spécialistes soulignent que la malnutrition nécessite une réponse plus intégrée, reliant agriculture, santé, éducation, eau et assainissement. Sans cette coordination, les gains sanitaires risquent de rester limités face aux causes structurelles de la sous-nutrition.

L’enjeu des inégalités territoriales…tournant décisif pour les politiques nutritionnelles

Les données révèlent également de fortes disparités entre zones urbaines et rurales. Les régions éloignées, marquées par la pauvreté, l’accès limité aux infrastructures sanitaires et la dépendance à l’agriculture pluviale, affichent les taux de retard de croissance les plus élevés. Réduire ces écarts territoriaux constitue aujourd’hui l’un des principaux défis des politiques publiques. Les experts insistent sur la nécessité d’un meilleur ciblage des interventions vers les communautés les plus vulnérables.

Le Sénégal dispose aujourd’hui d’un cadre stratégique solide et d’une expérience reconnue en matière de politiques sociales et sanitaires. Mais la persistance du retard de croissance infantile rappelle que la lutte contre la malnutrition est un combat de long terme. L’efficacité des programmes dépendra désormais de leur ancrage local, de l’implication des communautés et de la transformation durable des pratiques alimentaires. Plus qu’une question de production ou de soins, la nutrition infantile apparaît désormais comme un enjeu de développement global, révélateur des inégalités sociales et des capacités de résilience des ménages.

Aliou

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