Le rêve des Lons s’est brutalement arrêté. Alors qu’il semblait avoir un pied en huitièmes de finale de la Coupe du monde 2026, le Sénégal a vécu l’une des plus grandes désillusions de son histoire récente en s’inclinant face à la Belgique (3-2 après prolongation), après avoir pourtant mené 2-0 jusqu’à la 86e minute.
Pour une sélection qui avait remporté la CAN et qui ambitionnait de s’installer durablement parmi les meilleures nations du football mondial, cette élimination dès les seizièmes de finale a le goût d’un immense échec. Plus qu’une simple défaite, elle soulève de nombreuses interrogations sur les choix du sélectionneur, la gestion du groupe, la solidité mentale des joueurs et l’avenir d’une génération pourtant considérée comme l’une des plus talentueuses de l’histoire du football sénégalais.
Un match qui semblait pourtant maîtrisé
Les Lions avaient parfaitement entamé leur rencontre. Organisés, disciplinés et efficaces, ils ont pris l’avantage grâce à Habib Diarra à la 24e minute avant qu’Ismaïla Sarr, auteur d’un tournoi remarquable, ne double la mise dès la 51e minute. À cet instant, rien ne semblait pouvoir empêcher le Sénégal de poursuivre son aventure mondiale. La Belgique paraissait sans solution face à une équipe sénégalaise solide défensivement et dangereuse en contre-attaque. Romelu Lukaku a réduit le score à la 86e minute avant que Youri Tielemans n’égalise trois minutes plus tard. En prolongation, alors que les tirs au but semblaient inévitables, un penalty concédé par Lamine Camara à la 120e minute a offert la qualification aux Diables Rouges.
Les choix de Pape Thiaw au cœur des critiques
Depuis le coup de sifflet final, une grande partie des critiques vise directement le sélectionneur Pape Thiaw. Son coaching est jugé incompréhensible par de nombreux observateurs. Plusieurs décisions sont particulièrement remises en cause. La sortie de Pape Guèye, considéré comme l’équilibre du milieu de terrain, a profondément désorganisé l’équipe. Son remplacement par Lamine Camara s’est révélé catastrophique. Entré en jeu avec beaucoup de difficultés, le jeune milieu a rapidement écopé d’un carton jaune avant de concéder le penalty fatal.
Les changements opérés par le sélectionneur sont également vivement critiqués. Ibrahim Mbaye n’a jamais réussi à apporter la percussion attendue, tandis que Pape Matar Sarr est entré trop tard pour influencer la rencontre. Plus globalement, beaucoup reprochent à Pape Thiaw d’avoir complètement abandonné l’initiative du jeu après le deuxième but sénégalais. Les Lions ont progressivement reculé, laissant la possession aux Belges sans jamais tenter de reprendre le contrôle du match.
En prolongation, cette stratégie attentiste a accentué la domination belge. Les joueurs sénégalais ont passé l’essentiel de leur temps à défendre, sans véritable capacité à ressortir le ballon ni à casser le rythme adverse. Pour beaucoup, le sélectionneur n’a jamais trouvé la réponse tactique aux ajustements opérés par son homologue belge.
Les joueurs également pointés du doigt
Si le staff est largement critiqué, les joueurs n’échappent pas non plus aux reproches. Mory Diaw, pourtant auteur de plusieurs arrêts importants, est considéré comme l’un des responsables du retour belge après sa sortie manquée sur le but égalisateur.
Lamine Camara vit probablement le match le plus difficile de sa jeune carrière internationale. Son entrée précipitée a changé le visage du milieu de terrain avant son intervention mal maîtrisée qui offre le penalty décisif. Ibrahim Mbaye, très attendu après ses performances lors de la CAN 2025, n’a jamais réussi à apporter le dynamisme offensif espéré dans ce match.
Au-delà des erreurs individuelles, c’est surtout la fragilité mentale de l’équipe qui interroge. Comment une sélection aussi expérimentée a-t-elle pu perdre totalement ses moyens après le premier but belge ? Cette incapacité à gérer les dernières minutes constitue sans doute l’un des plus grands enseignements de cette élimination.
Ismaïla Sarr et Krépin Diatta, les rares satisfactions
Dans cette immense déception, quelques joueurs sortent néanmoins la tête haute. Ismaïla Sarr confirme son excellente Coupe du monde. Repositionné dans un rôle plus axial, il termine meilleur buteur des Lions avec quatre réalisations et aura constamment pesé sur les défenses adverses. Krépin Diatta a également livré une prestation remarquable. Opposé à des joueurs comme Leandro Trossard, Jérémy Doku ou Diego Moreira, il a longtemps contenu les offensives belges tout en apportant des solutions offensives.
La défaite a immédiatement provoqué une vague de colère au Sénégal. Sur les réseaux sociaux, les critiques contre Pape Thiaw se sont multipliées dès les premières minutes suivant l’élimination. Une pétition réclamant son limogeage a rapidement dépassé les 30 000 signatures. Les initiateurs dénoncent une “faillite tactique et managériale”, estimant que cette génération mérite un encadrement capable de rivaliser avec les meilleures nations du football mondial. Les reproches vont bien au-delà du seul match contre la Belgique.
Les supporters dénoncent des changements trop tardifs, une gestion approximative des rencontres, un manque de réaction tactique face aux difficultés ainsi qu’une transition générationnelle jugée insuffisante. Beaucoup estiment que le Sénégal possède un effectif largement capable d’atteindre au minimum les quarts de finale de cette Coupe du monde.
Une génération qui devait viser beaucoup plus haut
L’amertume est d’autant plus forte que cette équipe disposait de nombreux arguments. Championne d’Afrique il y a quelques années, forte d’une génération mêlant expérience et jeunesse, la sélection sénégalaise nourrissait de grandes ambitions. Avec des joueurs comme Ismaïla Sarr, Habib Diarra, Pape Guèye, Lamine Camara, Iliman Ndiaye, Krépin Diatta ou Kalidou Koulibaly, les Lions semblaient armés pour franchir un nouveau cap sur la scène mondiale. Cette élimination apparaît donc comme une occasion manquée. Le Sénégal avait les moyens d’aller beaucoup plus loin dans cette compétition.
Cette élimination ouvre désormais une période de profonde réflexion. La Fédération sénégalaise de football devra rapidement trancher sur l’avenir de Pape Thiaw. Le maintien du sélectionneur paraît de plus en plus difficile au regard de la pression populaire. Mais le chantier dépasse largement la seule question du banc de touche.
Le Sénégal devra également gérer le renouvellement progressif de son effectif. Certains cadres approchent de la fin de leur carrière internationale tandis qu’une nouvelle génération frappe à la porte. Il faudra surtout tirer les leçons de cette Coupe du monde : apprendre à gérer les temps faibles, mieux maîtriser les fins de match, renforcer l’approche tactique et développer une plus grande force mentale dans les rendez-vous à élimination directe. Car malgré cette désillusion, le potentiel reste immense.
Les Lions disposent encore d’un réservoir de talents capable de ramener le Sénégal parmi les meilleures sélections africaines et de viser, à nouveau, un parcours historique lors des prochaines grandes compétitions. Mais pour transformer ce potentiel en résultats, des décisions fortes devront être prises dans les semaines à venir. L’élimination face à la Belgique restera longtemps comme le symbole d’une équipe qui avait tout pour réussir, mais qui a laissé filer son destin dans les dernières minutes d’un match qu’elle semblait pourtant avoir déjà gagné.



