De joueur discret mais décisif à sélectionneur victorieux, Pape Thiaw incarne une trajectoire rare dans l’histoire du football sénégalais. Formé dans les quartiers populaires de Dakar, révélé en sélection nationale au début des années 2000, puis revenu bâtir son expérience au pays, il dirige aujourd’hui les Lions de la Teranga avec une vision nourrie par le vécu, la rigueur et l’exigence du haut niveau. Son parcours, ponctué d’une CAN remportée dans la controverse, raconte autant l’ascension d’un homme que celle d’un football sénégalais en quête de constance et de grandeur.
Lorsque Pape Thiaw découvrait la sélection nationale au tournant des années 2000, le Sénégal cherchait encore à s’imposer durablement sur la scène internationale. Sous la houlette du technicien français Bruno Metsu, le jeune attaquant se distingue par son sens du jeu collectif et sa capacité à peser sur les matchs sans chercher la lumière.
Son premier but en 2001, inscrit lors des qualifications, symbolise déjà cette aptitude à répondre présent dans les moments cruciaux. Mais c’est surtout lors de la Coupe du monde 2002 que son nom entre dans la mémoire collective. Sa talonnade contre la Suède, action d’instinct et d’intelligence, permet au Sénégal de poursuivre son rêve mondial. Plus qu’un geste technique, ce moment révèle une qualité rare : la capacité à penser le jeu avant de le subir. Une qualité qui deviendra plus tard celle du sélectionneur.
Le retour au pays…Niarry Tally comme école de leadership
Après sa carrière européenne, Pape Thiaw fait un choix qui marque un tournant : revenir au Sénégal pour transmettre. À Niarry Tally, son quartier natal, il retrouve le football brut, passionnel, parfois chaotique, mais profondément formateur. Son passage sur le banc local, bien qu’irrégulier et ponctué d’un limogeage en 2021, constitue une étape essentielle.
Il y apprend la gestion humaine, la pression populaire et la nécessité d’adapter les principes tactiques aux réalités du football africain. Là où certains entraîneurs s’appuient d’abord sur la théorie, Pape Thiaw construit sa méthode sur l’expérience directe : comprendre les joueurs, leurs contextes, leurs fragilités, leurs forces mentales. Ce retour aux sources forge chez lui une conviction durable : le talent sénégalais est immense, mais il ne s’exprime pleinement que dans un cadre structuré et responsabilisant.
Lorsqu’il prend la succession d’Aliou Cissé, Thiaw hérite d’un groupe respecté, champion d’Afrique et habitué aux grandes compétitions. Mais il doit aussi relever un défi subtil : préserver l’héritage tout en apportant sa propre signature. Sa première réussite est d’installer une relation de confiance avec les cadres du vestiaire. Des leaders comme Sadio Mané deviennent des relais essentiels de son discours. L’attaquant, par son exemplarité et son influence, incarne le lien entre générations et facilite l’adhésion à un projet plus offensif et plus adaptable.
Sous Pape Thiaw, le Sénégal conserve sa solidité défensive tout en cherchant davantage de mobilité et de créativité dans l’animation offensive. Le sélectionneur insiste notamment sur la polyvalence, la capacité à changer de système en cours de match et l’importance du mental dans les rencontres à élimination directe.
Victoire historique et finale sous tension en 2025
Le point culminant de son mandat survient lors de la Coupe d’Afrique des nations (CAN 2025) disputée au Maroc. Le Sénégal atteint la finale au terme d’un parcours maîtrisé, mêlant efficacité défensive et réalisme offensif. La finale, elle, bascule dans une atmosphère électrique. Décisions arbitrales contestées, tension extrême dans les dernières minutes, pression du public.
Pape Thiaw choisit un geste spectaculaire en demandant à ses joueurs de regagner les vestiaires pour protester contre l’arbitrage. Un acte rare, qui suscite une onde de choc dans le football africain et expose le sélectionneur à une possible sanction de la Confédération africaine de football. Mais au-delà de la polémique, le Sénégal remporte la rencontre et inscrit une nouvelle ligne à son palmarès. Cette victoire consacre Thiaw comme un entraîneur capable de mener un groupe au sommet tout en assumant ses convictions, quitte à diviser.
Un sélectionneur symbole d’une ambition nationale
Aujourd’hui, Pape Thiaw dépasse le simple statut d’entraîneur. Il incarne une figure de transition : celle d’une génération passée de l’apprentissage à la conquête. Son parcours rappelle que le football sénégalais ne se construit pas seulement dans les académies ou les stades européens, mais aussi dans les quartiers populaires où naissent les vocations. Sa mission est désormais claire : transformer les succès ponctuels en domination durable. Installer une culture de victoire, former une relève compétitive et inscrire le Sénégal parmi les nations qui comptent sur la durée. Car au fond, son histoire n’est pas seulement celle d’un homme. Elle est celle d’un pays qui, à travers le football, affirme chaque jour davantage son ambition sur la scène internationale.



