Yaye Kanny Touré Kaire, spécialiste en santé publique, a présenté son ouvrage « Santé du peuple, avenir de l’Afrique : le système de santé sénégalais en question », un plaidoyer documenté pour une refondation du système sanitaire sénégalais. À travers analyses, propositions et témoignages personnels, l’auteure appelle à faire de la santé un pilier stratégique du développement national et de la souveraineté africaine.
La spécialiste en santé publique, économie de la santé et management stratégique Yaye Kanny Touré Kaire a officiellement présenté, ce samedi, son ouvrage « Santé du peuple, avenir de l’Afrique : le système de santé sénégalais en question », publié aux éditions L’Harmattan. La cérémonie, organisée devant un public composé d’autorités politiques, universitaires, professionnels de santé et membres de la société civile, s’est tenue dans une atmosphère à la fois académique et engagée. Elle intervient à un moment où les questions d’accès aux soins, de gouvernance sanitaire et de financement du système de santé occupent une place centrale dans le débat national.
Dès l’ouverture, l’éditeur Abdoulaye Diallo a insisté sur la dimension citoyenne du débat sanitaire. « Nous partons d’un constat fondamental dans notre société : la place centrale de la santé publique », a-t-il déclaré. Avant d’ajouter : « Nous ne devons pas dépendre des réseaux sociaux pour garantir l’accès aux soins à nos concitoyens ». Pour lui, la présence de responsables politiques et d’universitaires à cette cérémonie témoigne d’un consensus : la santé publique dépasse le seul cadre médical et concerne l’ensemble de la société.
Le parcours d’une médecin engagée et rigoureuse
La marraine de la cérémonie, Nafissatou Oumar Touré, a retracé le parcours personnel et académique de l’auteure, mettant en avant une trajectoire marquée par la discipline et la constance. « Elle n’a jamais cessé d’apprendre. C’est ce qui fait sa force », a-t-elle affirmé, évoquant son parcours universitaire sans redoublement, son engagement professionnel et sa fidélité à ses valeurs. Elle a également souligné son attachement à la communauté médicale et associative, rappelant son implication dans des campagnes de dépistage, des actions de solidarité sanitaire et des initiatives de formation. Selon elle, l’ouvrage s’inscrit dans la continuité d’un engagement ancien. « Son expertise, son amour pour sa patrie et son sens du service public ont permis la production de cet ouvrage que nous célébrons aujourd’hui », a-t-elle témoigné.
Un livre qui transforme l’indignation en réflexion stratégique
Présentant l’œuvre, Abdoul Kane a décrit un texte profondément politique au sens noble du terme. « Ce livre est né d’une indignation. Mais il transforme cette indignation en vision et en propositions », a-t-il expliqué. Il a insisté sur le fait que l’ouvrage dépasse la simple critique du système hospitalier pour interroger les fondements mêmes des politiques sanitaires.
« La santé devient ici le baromètre de la dignité d’une nation », a-t-il déclaré, estimant que le livre pose une question essentielle : « La politique n’est-elle pas, au fond, une médecine à grande échelle ? » Selon lui, l’auteure propose une analyse systémique intégrant les dimensions historiques, économiques et socioculturelles du système sanitaire, tout en soulignant les fragilités persistantes : financement insuffisant, dépendance extérieure, fragmentation des initiatives et inégalités territoriales.
La santé comme levier de développement et de souveraineté
Intervenant au nom de l’Association des femmes médecins du Sénégal, Fatou Samba Ndiaye a salué la portée stratégique du livre. « Ce livre rappelle une vérité simple mais essentielle : la santé des populations constitue la base du développement économique, social et politique », a-t-elle déclaré. Elle a mis en avant plusieurs messages clés de l’ouvrage : le rôle central des soins de santé primaires, l’importance d’une meilleure allocation budgétaire, la nécessité d’une gouvernance transparente et la souveraineté sanitaire africaine fondée sur la production locale de médicaments. Selon elle, le texte constitue « une contribution majeure au débat sur l’efficience des politiques publiques et l’avenir de la santé au Sénégal ».
Un témoignage personnel à l’origine de l’écriture
Prenant la parole, l’auteure a livré un témoignage intime qui éclaire la genèse de l’ouvrage. « Ce livre est né d’une épreuve personnelle : l’accompagnement de mon père en fin de vie », a-t-elle confié. « J’ai pu observer ce que les statistiques ne disent pas : la fatigue des soignants, l’errance administrative des familles et la solitude face à la maladie. »
Elle a estimé que le problème du système sanitaire sénégalais n’est pas l’absence d’acteurs compétents, mais un cadre organisationnel insuffisant. « Le problème n’est pas le manque d’hommes et de femmes engagés. Il réside dans l’insuffisance d’un système à la hauteur de leur engagement », a-t-elle déclaré. Dans son intervention, elle a aussi insisté sur la nécessité d’une réforme globale, dépassant la seule dimension institutionnelle.
« Réformer notre système de santé est devenu une obligation morale, une responsabilité politique et un choix de société », a-t-elle affirmé. Elle a également rappelé que la transformation du système sanitaire implique tous les acteurs : « La santé est un bien commun. Elle se construit par des réformes, mais aussi par une culture partagée de responsabilité, de respect et de solidarité. »
L’auteure a ainsi plaidé pour une réforme articulée autour de plusieurs principes : équité territoriale, qualité des soins, prévention, gouvernance fondée sur les données et souveraineté sanitaire.
Une vision partagée par les autorités sanitaires
Présent à la cérémonie, le ministre de la Santé Ibrahima Sy a salué un livre qu’il considère comme un outil stratégique. « Cet ouvrage constitue un diagnostic lucide et une feuille de route stratégique pour la transformation de notre système de santé », a-t-il déclaré. Avant de souligner que les défis identifiés dans le livre rejoignent les priorités nationales, notamment le financement durable, la gouvernance, la digitalisation du système et le développement de l’industrie pharmaceutique locale. Selon lui, le texte « dépasse le diagnostic technique pour proposer une transformation profonde fondée sur la souveraineté sanitaire et la protection des plus vulnérables ».
Au terme de la cérémonie, un consensus semblait se dégager : l’ouvrage ne se limite pas à une analyse académique. Il constitue un appel à une réflexion collective sur le modèle sanitaire sénégalais et, au-delà, africain. Pour l’auteure, le message final est clair : « Si la santé du peuple est l’avenir de l’Afrique, alors agir aujourd’hui est notre devoir. »











