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Secteur informel au Sénégal : Le poumon économique entre survie et mutation

Au Sénégal, le secteur informel demeure l’un des piliers silencieux de l’économie nationale. Omniprésent dans les villes comme dans les campagnes, il constitue à la fois un refuge social face au chômage et un moteur essentiel de la consommation. Mais entre volonté de modernisation urbaine, pressions fiscales et aspirations à une meilleure protection sociale, cette économie populaire se trouve aujourd’hui à un tournant décisif.

 

Dans les allées du marché de Sandaga, à Dakar, comme dans de nombreux centres urbains du pays, l’informel façonne le paysage économique. Marchands ambulants, artisans, petits commerçants ou transporteurs indépendants forment un réseau dense qui irrigue la vie quotidienne. Ce secteur représenterait près de 90 % des emplois et contribuerait à environ 40 % du produit intérieur brut. Il joue ainsi un rôle d’amortisseur social majeur, absorbant une grande partie des jeunes arrivant sur le marché du travail. Pour beaucoup de ménages, il constitue la principale source de revenus et de subsistance.

Marchands ambulants…un secteur dynamique mais structurellement fragile

Les marchands ambulants incarnent la face la plus visible de cette économie populaire. Souvent jeunes, parfois diplômés mais sans emploi stable, ils sillonnent les rues pour vendre accessoires, vêtements, nourriture ou services de proximité. Cependant, la modernisation des centres urbains a accentué les tensions. Des opérations de déguerpissement ont été menées ces derniers mois à Dakar mais aussi à Thiès, afin de fluidifier la circulation et d’assainir l’espace public. Si les autorités invoquent la sécurité et l’ordre urbain, les vendeurs, eux, réclament des alternatives concrètes : espaces de vente organisés, marchés accessibles et reconnaissance de leur rôle économique.

Malgré sa vitalité, l’économie informelle souffre de nombreuses faiblesses. L’absence de protection sociale expose les travailleurs à une grande précarité, sans retraite ni couverture santé stable. L’accès au financement reste également limité, les institutions bancaires exigeant des garanties que ces acteurs ne peuvent fournir. À cela s’ajoutent des contraintes liées à la productivité. Faute de formation technique, d’équipements modernes ou d’accompagnement, de nombreuses activités restent cantonnées à de faibles marges. L’occupation anarchique de l’espace urbain, enfin, nourrit régulièrement des tensions avec les municipalités et les autorités.

La formalisation…entre opportunité et défi de confiance

Face à ces enjeux, les pouvoirs publics tentent d’encourager une transition progressive vers la formalisation. L’objectif affiché n’est plus de contraindre, mais d’inciter, en proposant des avantages concrets : simplification administrative, accès à la protection sociale, possibilités de financement ou encore intégration dans les marchés publics. Les récentes concertations engagées par le gouvernement, sous l’impulsion du Premier ministre Ousmane Sonko, illustrent cette nouvelle approche. L’idée est de transformer progressivement les acteurs de l’informel en entrepreneurs structurés, capables de contribuer durablement à la richesse nationale.

Toutefois, cette transition repose sur un élément clé : la confiance. Pour convaincre, l’État devra démontrer que la formalisation offre plus d’opportunités que de contraintes, en garantissant des bénéfices tangibles pour les travailleurs concernés. Le secteur informel ne constitue pas seulement un défi économique, mais aussi un enjeu social et politique majeur. Le réduire brutalement risquerait de fragiliser des milliers de foyers. L’accompagner intelligemment, en revanche, pourrait transformer cette économie de survie en véritable moteur de développement.

L’avenir réside sans doute dans une transition concertée, capable de concilier modernisation urbaine, inclusion économique et justice sociale. Car au Sénégal, l’informel n’est pas un problème à effacer : il est une réalité à organiser pour bâtir une économie plus équilibrée et durable.

Aliou Ngom

 

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