Les 26 et 27 mars 2026, un programme encore peu connu du grand public a pourtant réuni, à Dakar, une vingtaine de jeunes femmes venues de plusieurs pays africains. À l’Hôtel Fleur de Lys, l’atelier de clôture des « Pionnières de la Paix », porté par APEL-JFF Sénégal en partenariat avec ONU Femmes, l’Union africaine et avec l’appui de l’Organisation internationale de la Francophonie, s’est tenu dans une atmosphère à la fois discrète et profondément engagée.
Dès les premières heures, quelque chose se joue dans la salle. Cela ne tient pas aux discours d’ouverture, mais à ce qui circule entre les participantes. Les regards, les silences, les échanges en disent parfois plus que les mots. Vingt jeunes femmes, venues du Sénégal, du Bénin, de la Côte d’Ivoire, de la République démocratique du Congo, du Togo et de la Guinée, prennent place avec une conscience claire de ce qu’elles portent. Plus qu’un groupe, elles forment un ensemble d’expériences et de réalités souvent contrastées. Certaines évoluent dans des contextes fragiles, marqués par des tensions ou de fortes inégalités. D’autres avancent dans des environnements où les barrières sont moins visibles, mais bien présentes. Toutes partagent une même volonté d’agir.
Rapidement, les échanges prennent une tournure concrète. La paix n’est pas abordée comme une idée lointaine. Elle s’inscrit dans des vécus, parfois difficiles, souvent engagés. Les discussions révèlent des initiatives déjà en cours, menées avec peu de moyens mais beaucoup de détermination. Cette diversité devient une force. Elle permet de confronter les réalités, de croiser les méthodes, de comprendre que si les contextes diffèrent, les réponses peuvent dialoguer.
Au fil de la première journée, une évolution se perçoit nettement. Les participantes ne sont plus seulement dans une posture d’apprentissage. Elles s’expriment avec plus d’assurance, structurent leurs idées, assument leurs ambitions. Le travail de mentorat, les formations et les échanges ont laissé des traces visibles. Une confiance nouvelle s’installe, plus posée, mais aussi plus affirmée.
L’un des moments les plus marquants reste l’intervention de la coach Khadijatou Cissé. Présente sur les deux journées, elle aborde sans détour les freins invisibles au leadership. Le doute, les conditionnements sociaux, la peur de déranger ou de prendre sa place. Dans la salle, l’atmosphère change. L’écoute devient plus dense, presque intime. Les réactions ne tardent pas. Des regards se croisent, des gestes discrets traduisent une reconnaissance immédiate. Chacune semble se retrouver dans ces réalités évoquées avec justesse.
Son intervention agit comme un miroir. Mais un miroir qui ne renvoie pas uniquement les limites, il révèle aussi les capacités. Ce moment donne une autre dimension à l’atelier, plus introspective, plus ancrée. Le lendemain, la session de pitch vient concrétiser ce qui a été amorcé. Les vingt mentees présentent leurs projets devant un jury composé de membres d’APEL-JFF Sénégal. Les idées ont gagné en clarté. Les propositions sont structurées, ancrées dans des réalités locales précises.
Les thématiques abordées reflètent les urgences du terrain. Cohésion sociale, inclusion des femmes, prévention des violences. Chaque projet porte une volonté d’impact concret. L’annonce prochaine du financement de six initiatives introduit une perspective réelle. Derrière chaque présentation, une possibilité de passage à l’action se dessine. Au-delà des travaux, ce sont aussi des liens qui se créent. En deux jours, des relations se tissent, des affinités émergent, un réseau commence à prendre forme. Un réseau discret, mais porteur.
La visite de l’Île de Gorée prolonge cette expérience dans un autre registre. Le lieu impose une réflexion différente. Il rappelle le poids de l’histoire, mais aussi la nécessité de construire autrement. Au terme de ces deux journées, une chose apparaît clairement. Ce programme n’a pas seulement formé. Il a renforcé des trajectoires déjà en mouvement. Ces jeunes femmes n’attendent pas une place, elles la construisent, chacune à sa manière, dans son contexte. Le leadership féminin pour la paix ne se présente plus ici comme une idée à défendre. Il existe déjà, dans des actions concrètes, parfois peu visibles, mais bien réelles.
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NDEYE SAFIATOU LY SYLLA



