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Culture

« Muñal » jusqu’à quand ? Quand le silence des femmes devient le prix du mariage

Per Bu Nuul
Last updated: septembre 21, 2026 3:24 pm
Per Bu Nuul
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Il y a des mots qui semblent doux jusqu’au jour où ils deviennent lourds à porter.
« Muñal. » Supporte. Patiente. Encaisse. Ne réponds pas. Ne raconte pas. Ne pars pas. Dans de nombreuses familles africaines, ce petit mot de quelques lettres est devenu une véritable institution. On le murmure à la jeune mariée qui pleure. On le répète à celle qui rentre chez ses parents, le cœur brisé. On le conseille à celle qui subit l’humiliation, les absences, les violences psychologiques ou physiques. On le brandit parfois comme une vertu suprême : la bonne épouse serait celle qui sait tout supporter. Mais supporter quoi ? Et jusqu’à quand ? La question dérange parce qu’elle oblige à regarder ce que l’on préfère souvent cacher derrière les belles paroles sur le mariage, la patience et les traditions.

On apprend aux femmes à supporter les difficultés du foyer. On leur apprend à préserver le mariage à tout prix. On leur demande de penser aux enfants, à la famille, à la réputation, aux « qu’en-dira-t-on ». On leur demande de pardonner encore, de comprendre encore, de patienter encore. Mais combien de fois dit-on aux hommes : « Muñal, encaisse-toi aussi » ? Combien de fois dit-on au mari de supporter les responsabilités du foyer, de respecter son épouse même dans la colère, de faire preuve de patience, de renoncer à l’humiliation, d’écouter, de dialoguer, de réparer ses erreurs ? Le mariage n’est pourtant pas une épreuve où l’un doit tenir pendant que l’autre impose.

Le mariage n’est pas une guerre. Il ne devrait pas y avoir de vainqueur et de vaincu. Il ne devrait pas y avoir un bourreau et une personne condamnée à survivre au nom de la famille. Deux êtres se choisissent. Deux êtres construisent. Deux êtres traversent les saisons de la vie. Alors pourquoi la patience serait-elle principalement une obligation féminine ? Il faut oser le dire : la patience n’est pas la soumission. Supporter une période difficile, oui. Accompagner son conjoint dans l’épreuve, oui. Faire des concessions, oui. Pardonner, parfois, lorsque le pardon est possible et que l’autre reconnaît sa faute. Mais demander à une femme de supporter la violence, l’humiliation, la peur, les coups, les trahisons répétées ou la destruction de son estime d’elle-même n’est plus lui conseiller la patience. C’est parfois lui apprendre à se perdre. Et certaines femmes se sont perdues.

Certaines ont attendu que les choses changent. Certaines ont gardé le silence pour protéger leurs enfants. Certaines n’ont rien dit à leur mère, à leur sœur, à leur amie. Certaines ont souri devant la famille alors qu’elles rentraient chez elles avec une douleur que personne ne voyait. Certaines sont parties. D’autres n’ont pas eu cette chance. C’est là que le mot « muñal » devient terriblement lourd. Parce qu’une femme ne devrait jamais avoir à mourir pour prouver qu’elle savait supporter. Il faut également sortir d’une autre hypocrisie : parler de ces réalités ne signifie pas déclarer la guerre aux hommes. Défendre les femmes ne signifie pas condamner tous les hommes. Et rappeler aux femmes leurs droits ne signifie pas détruire le mariage. Au contraire.

C’est peut-être vouloir sauver ce que le mariage devrait être.

Une alliance. Une responsabilité partagée. Un espace où deux personnes peuvent être vulnérables sans avoir peur. Un lieu où l’on peut dire « j’ai mal » sans être accusé de manquer de patience. Car l’homme aussi doit encaisser « muñal ». Il doit apprendre à patienter lorsque son épouse traverse une période difficile. Il doit supporter certaines frustrations sans transformer sa colère en violence. Il doit apprendre à parler plutôt qu’à frapper, à écouter plutôt qu’à imposer, à reconnaître ses torts plutôt qu’à se réfugier derrière son statut d’homme.

La patience ne doit pas avoir de sexe.

La dignité non plus. Il est temps de réinventer cette vieille injonction. Au lieu de dire seulement à nos filles : « Muñal, c’est ton mari », apprenons-leur aussi : « Tu as le droit d’être respectée. Tu as le droit de parler. Tu as le droit de demander de l’aide. Tu as le droit de partir d’une situation qui menace ta vie. » Et à nos fils, disons également : « Muñal. Respecte. Écoute. Maîtrise ta colère. Assume tes responsabilités. Ton épouse n’est pas ton ennemie. » Parce qu’un foyer ne devrait jamais être construit sur la peur de l’un et le pouvoir de l’autre. Il faut transmettre à nos enfants autre chose qu’une culture du silence. Il faut leur apprendre que l’amour ne se mesure pas à la quantité de souffrance que l’on accepte.

Aimer, ce n’est pas tout supporter. Aimer, c’est aussi savoir protéger. Protéger l’autre. Se protéger soi-même. Protéger les enfants. Protéger la dignité. Alors, la prochaine fois qu’une femme pleurera devant nous et que nous serons tentés de lui dire simplement « muñal », arrêtons-nous une seconde. Demandons-lui plutôt :« Qu’est-ce que tu vis ? » Et surtout, demandons-nous pourquoi, dans nos sociétés, nous avons si longtemps appris aux femmes à supporter la douleur avant d’apprendre aux hommes à ne pas la provoquer. Car derrière chaque « muñal » prononcé trop facilement, il peut y avoir une femme qui ne demande pas qu’on lui apprenne à patienter. Elle demande simplement qu’on l’aide à survivre.

https://youtu.be/Vr0KHFBsIns?si=KupRoA9nPFsHNuGd

LA PERLE NOIRE

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