Culture

MHD : Quand les problèmes judiciaires éteignent la carrière d’une étoile au zénith

Condamné par la justice française alors qu’il incarnait l’un des visages les plus prometteurs de la musique urbaine, MHD voit sa trajectoire artistique brutalement interrompue. Pionnier de l’Afrotrap et symbole d’une génération entre Afrique et Europe, le rappeur laisse derrière lui un héritage musical puissant, mais une carrière stoppée net au moment même où elle semblait atteindre son apogée.

Mohamed Sylla, connu sous le pseudonyme MHD, est bien plus qu’un simple rappeur : il est le visage d’une révolution musicale. En fusionnant percussions africaines, refrains chantés et énergie du rap de rue, il a façonné un style inédit, l’Afrotrap, devenu en quelques années un courant majeur de la musique urbaine francophone.

L’ascension fulgurante d’un pionnier de l’Afrotrap

Né en 1994 à Paris dans une famille d’origine guinéenne, il grandit dans un environnement culturel double : d’un côté les sonorités mandingues héritées de sa famille, de l’autre l’influence du rap français et américain omniprésent dans les quartiers populaires. Cette identité hybride devient la matière première de son art. En 2015, ses premières vidéos artisanales publiées sur les réseaux sociaux attirent l’attention. Loin des productions lisses de l’industrie, elles respirent la spontanéité, la rue et la fête. Avec Afro Trap Part. 1, il pose les bases d’un style reconnaissable entre mille : rythmes dansants, slogans fédérateurs et clips filmés au cœur de son quartier.

L’explosion intervient en 2016 avec Afro Trap Part. 3 (Champions League), devenu un véritable phénomène populaire. Le morceau s’impose dans les stades, les soirées étudiantes et les playlists internationales. MHD devient alors l’ambassadeur d’une nouvelle génération diasporique qui assume ses racines africaines tout en revendiquant son appartenance à l’espace européen. Son premier album, MHD, confirme l’ampleur du phénomène. Il enchaîne ensuite avec 19, projet plus mature, où il mêle introspection, ambition internationale et collaborations prestigieuses. À ce moment-là, tout indique qu’il s’inscrit durablement parmi les figures majeures du rap francophone.

Un dossier judiciaire tragique qui précipité sa chute

Mais cette trajectoire fulgurante bascule brutalement en 2018. Une rixe nocturne à Paris se solde par la mort d’un jeune homme. Le nom de MHD apparaît dans l’enquête, et l’affaire prend rapidement une dimension médiatique nationale. Au fil des années, les procédures judiciaires se multiplient, entre interrogatoires, témoignages contradictoires et débats publics passionnés. L’image de l’artiste se fissure progressivement, même si sa musique continue d’être écoutée. Le 28 février 2025, la cour d’appel de Créteil confirme la condamnation à douze ans de réclusion criminelle. Le verdict agit comme un point de rupture définitif.

L’industrie musicale, souvent guidée par la réputation et la visibilité, se détourne presque instantanément. Les partenaires commerciaux se retirent, les projets discographiques disparaissent et les perspectives de tournées internationales s’évanouissent. En quelques mois, l’artiste passe du statut de star globale à celui d’absent total de la scène publique. Cette chute met en lumière la fragilité des carrières artistiques contemporaines : bâties en quelques années, elles peuvent être stoppées net par un événement judiciaire ou personnel.

L’héritage d’une étoile filante

Malgré cet absence brutale de l’espace médiatique, l’empreinte artistique de MHD demeure profonde. L’Afrotrap qu’il a popularisée irrigue aujourd’hui toute la scène urbaine. Des artistes comme Ninho, Gazo ou Dadju reconnaissent l’influence de cette hybridation musicale qui a ouvert la voie à une génération entière. Les sonorités africaines, autrefois marginales dans le rap français, sont désormais omniprésentes. Au-delà des chiffres et des classements, MHD a aussi contribué à transformer l’imaginaire culturel d’une jeunesse issue de la diaspora. Il a montré qu’il était possible de revendiquer ses origines africaines sans renoncer à l’identité urbaine européenne, et d’en faire même une force créative. Aujourd’hui encore, ses morceaux continuent d’être diffusés dans les fêtes, les compétitions sportives ou les playlists nostalgiques. Sa musique survit à son absence.

L’histoire récente de la musique montre que certains artistes ont réussi à revenir après de longues périodes d’éclipse, mais rien ne garantit un tel scénario pour MHD. L’industrie a changé, les tendances évoluent vite et le public se renouvelle sans cesse. Cependant, son héritage semble déjà assuré. Il restera probablement dans les annales comme celui qui a donné une identité mondiale à un son né dans les quartiers populaires, et qui a relié deux continents par la musique. Entre gloire fulgurante et chute brutale, son parcours ressemble désormais à une parabole moderne sur la célébrité, la responsabilité et la fragilité du destin.

Aliou Ngom

Aliou

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