Nommé à la tête du ministère de la Culture, de l’Artisanat et du Tourisme, Alpha Thiam hérite d’un département stratégique où les attentes sont immenses. Si ses premières sorties médiatiques ont été marquées par des rencontres avec certains acteurs culturels, plusieurs observateurs estiment que les priorités se situent ailleurs. Car la culture sénégalaise ne se résume ni à la musique, ni aux célébrités du moment.
À peine installé dans ses fonctions, le nouveau ministre doit faire face à une série de chantiers déjà engagés et qui nécessitent des décisions rapides. Parmi eux figurent les États généraux de la culture, de l’artisanat et du tourisme, lancés afin de redéfinir les politiques publiques dans ces secteurs. Les acteurs attendent désormais des conclusions concrètes, un calendrier d’exécution et des mécanismes de suivi.
Autre dossier de taille que le ministre doit gérer, c’est la Biennale de Dakar (Dak’Art), rendez-vous majeur de l’art contemporain africain. Son organisation, son financement, sa gouvernance et son rayonnement international constituent autant de défis qui exigent une attention particulière.
Les Jeux Olympiques de la Jeunesse Dakar 2026 représentent également une opportunité exceptionnelle pour valoriser le patrimoine culturel sénégalais auprès du monde entier. La contribution du ministère de la Culture à cet événement devra dépasser les simples animations pour s’inscrire dans une véritable stratégie de promotion culturelle.
Éviter les erreurs du passé
Depuis plusieurs années, de nombreux professionnels du secteur dénoncent une tendance récurrente : réduire la politique culturelle aux concerts, aux spectacles musicaux et aux événements médiatiques. Or, la culture sénégalaise est bien plus vaste. Elle englobe les arts visuels, le cinéma, le théâtre, la littérature, le patrimoine historique, les langues nationales, la danse, la photographie, les métiers d’art, les archives, les musées et les industries culturelles créatives. Plusieurs ministres se sont succédé sans parvenir à mettre en place une politique culturelle globale capable de soutenir durablement l’ensemble des filières. Beaucoup d’acteurs espèrent que le nouveau ministre rompra avec cette approche limitée qui concentre souvent les ressources et l’attention sur quelques figures médiatiques.
Le patrimoine, parent pauvre des politiques culturelles
La préservation du patrimoine matériel et immatériel reste l’un des défis les plus importants du secteur. De nombreux sites historiques souffrent d’un manque d’entretien, tandis que plusieurs traditions culturelles risquent de disparaître faute de programmes de sauvegarde efficaces. Les professionnels attendent une politique ambitieuse de restauration, de conservation et de valorisation du patrimoine national, notamment dans les régions souvent éloignées des grands centres urbains.
Les revendications des artistes demeurent nombreuses : accès au financement, protection sociale, droits d’auteur, accompagnement des jeunes talents et professionnalisation des métiers culturels. Malgré les promesses répétées au fil des années, beaucoup d’acteurs culturels continuent de faire face à une précarité importante. Le nouveau ministre est ainsi attendu sur des mesures concrètes permettant aux créateurs de vivre dignement de leur travail et de contribuer pleinement à l’économie nationale.
Développer les industries culturelles
Dans un contexte où la culture représente un levier économique majeur à travers le monde, le Sénégal peine encore à exploiter pleinement son potentiel. Le cinéma, l’audiovisuel, l’édition, les arts numériques, les jeux vidéo ou encore les plateformes de diffusion culturelle constituent des secteurs d’avenir qui nécessitent une vision claire et des investissements structurants. L’enjeu n’est plus seulement de produire des événements culturels, mais de bâtir une véritable économie de la culture créatrice d’emplois et de richesses.
Au-delà des visites protocolaires et des rencontres de courtoisie, les acteurs du secteur attendent désormais une feuille de route précise. Ils souhaitent connaître les priorités du ministre, les réformes envisagées et les résultats attendus dans les mois à venir.
Le défi d’Alpha Thiam sera de démontrer que la culture ne constitue pas un simple outil de communication ou d’animation sociale, mais un pilier du développement national. Car au Sénégal, la culture ne se limite pas à la musique. Elle est mémoire, identité, éducation, création, économie et souveraineté. C’est sur l’ensemble de ces dimensions que le nouveau ministre sera jugé.




